L’innovation au cœur de la réponse Tunisienne à l’ère du COVID-19

Article de Jihen ben Romdhane, Sous-Directeur Principal FIPA-Tunisia

Le potentiel de la Tunisie est reconnu depuis longtemps. Une pléthore d’indéniables atouts structurels et stratégiques demeurent, issus aussi bien de son ouverture historique, de son emplacement géographique permettant d’être tout près du marché européen énorme et servant de pivot aux puissances mondiales, d’une main d’œuvre bon marché qualifiée, réactive et multidisciplinaire schématisant incontestablement l’essence de sa compétitivité à l’échelle mondiale. 

L’arrivée soudaine de l’épidémie du coronavirus a bien permis de braquer les projecteurs sur un atout encore plus significatif. En effet, et comme le dit un vieux proverbe français « À quelque chose, malheur est bon » ; des gisements d’innovation et du génie ont fleuri en grand nombre et de toutes parts en Tunisie depuis le début de la crise et ont révélé des jeunes tunisiens de niveau exceptionnel : des scientifiques de grande valeur, des médecins et un personnel de santé de haut calibre, des ingénieurs de haut vol ou encore des startupeurs créatifs et talentueux.

Des initiatives et performance ont été mises en œuvre depuis le début de l’épidémie en utilisant sur différents fronts l’intelligence artificielle, la robotique, le big data, ou encore, l’impression 3D et les objets connectés ; et ce n’est pas nouveau pour un pays qui forme chaque année des milliers d’ingénieurs aux qualification reconnues internationalement dans les filières techniques à fort contenu de savoir, des sciences de l’informatique et des multimédia (2ème rang mondial selon The Global Innovation Index, 2018).

Si l’on zoome sur les principales initiatives notamment dans les recherches médicales et scientifiques, l’on ne peut s’empêcher de relater le succès scientifique réalisé par un laboratoire de microbiologie qui a réussi à définir les spécificités génétiques du coronavirus en Tunisie ; une avancée de taille dans la lutte contre la pandémie et une victoire pour le monde de la recherche en Tunisie. 

Également, et avec les moyens du bord, des ingénieurs tunisiens ont fait preuve d’inventivité et de réactivité dans des temps record à travers la conception des masques, respirateur et visières de protection construits à l’aide d’une imprimante 3D, destinés principalement au personnel soignant. D’autres se sont attelés à développer, avec le plus grand pragmatisme et dans une volonté d’opérationnalité immédiate, une plateforme- faisant toujours usage de l’intelligence artificielle- pour un diagnostic instantané du coronavirus à partir de radiographies des poumons, et de là un dépistage rapide de la maladie Covid-19. 

La médecine n’est pas le seul domaine touché par l’innovation. Celui de la construction l’est tout autant. Une démarche ambitieuse inédite en Afrique consiste en la fabrication par une start-up tunisienne d’un robot bourré de technologies avancées piloté à distance par les forces de la police afin de s’assurer du bon respect du confinement en Tunisie. Dans la même veine, un robot virucide assistant du personnel hospitalier vient d’être créé. Il transporte vêtements, médicaments, nourritures et désinfecte aussi les chambres et les couloirs des hôpitaux et établissements médicaux.  Plus ambitieux encore, un robot intelligent de téléprésence a été conçu pour maintenir les liens entre les personnes hospitalisées dans les hôpitaux et leurs familles et réduire ainsi au minimum les contacts physiques. Un autre « made in Tunisia » qui a comme mission principale la détermination du risque d’être infecté par le coronavirus. 

De même, résultat d’un modèle de « triple hélice », reposant sur une approche participative en rempart entre universités, instituts de recherche et jeunes entreprises, un projet de construction de tunnels de désinfection fonctionnant avec des ultraviolets a été conçu à destination des hôpitaux ; C’est toute la thématique d’une intelligence collective ; Une pointe de fierté qui laisse entrevoir une adaptation aux nouvelles tendances, un avenir très robotisé et un positionnement de la Tunisie au diapason de l’innovation et de la modernité.

Le monde ne cesse d’observer la Tunisie, un pays qui possède ses propres mérites en termes d’innovation (reconnue comme le deuxième pays le plus innovant en Afrique selon Bloomberg Innovation Index‎ 2019) et de connectivité numérique disposant de la meilleure connexion internet mobile du continent (Speedtest Global Index 2019).

« Innovations : la montée en puissance de la Tunisie ? » est le titre choisi par « Le Point » recensant les avantages de la Tunisie en tant qu’écosystème propice à l’innovation et un vivier de compétences dans les domaines de l’intelligence artificielle- considérée comme n’étant plus une simple vision futuriste-de la tech et du digital.  Le journal « Le Monde » a également mis en branle la conception par des chercheurs tunisiens d’un respirateur à imprimer en 3D. De même, l’invention tunisienne où se cache l’idée d’aider à diagnostiquer instantanément le nouveau coronavirus à partir de simples radiographies des poumons par la grâce de l’intelligence artificielle été braquée par les projecteurs de la presse régionale française « La Provence ». 

Un autre média français « La Dépêche » a mis en avant dans son article « En Tunisie, intelligence artificielle et robots face au virus » la diversification et l’hybridation des initiatives tunisiennes majeures pour contrer les effets néfastes de cet ennemi redoutable que constitue le coronavirus. 

La référence panafricaine francophone « Jeune Afrique » a fait un regard immédiat sur le premier séquençage génétique du virus Covid 19 en Tunisie. Également, un des projets audacieux tunisiens a été l’honneur du média anglais « BBC News », « Coronavirus : The students that are printing PPE masks in Tunisia ». « RT France » revient, pour sa part, sur les efforts innovateurs de la Tunisie à l’ère du Covid 19 en réalisant un reportage « Apporter des solutions avec la robotiqueavec l’intelligence artificielle, pour combattre le virus ». 

Les chantiers sont, certes, nombreux mais la robustesse de son capital humain se dessine comme un pilier de l’attractivité du pays et une opportunité dans une perspective de promotion de l’écosystème d’innovation et de savoir tunisien au niveau international d’une part et de positionnement en tant que hub africain et de la région arabe, notamment en intelligence artificielle d’autre part ; d’autant plus que la Tunisie a été placée au 2ème rang sur le plan africain pour ce qui est du degré de maturité des gouvernements en matière de l’IA (Government AI readiness Index 2019).  

Le Covid- 19 pourrait ainsi servir de déclic pour une mutation numérique durable !

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